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Samedi 20 novembre 2004 6 20 /11 /Nov /2004 00:00

 Chez Jerry Springer

Les urnes Américaines ont livré leur verdict : Georges W.Bush s'autosuccédera pour quelques plombes service compris. Ils ont choisi le moins mauvais à defaut du meilleur. La grosse erreur de Kerry aura été de proposer quelques mesures
auto-sabordantes, que l'opinion publique d'Outre-Atlantique a accueilli à coups de tomates et d'oeufs pourris. Entre autres, celles visant à accorder le mariage aux couples homosexuels. Loin de nous l'idée de porter un jugement formel sur l'opportunité de la réforme, encore que si la nature nous a conditionnés pour former des couples hétérosexuels tout au moins dans le cas du mariage, c'est qu'elle avait des raisons plausibles et crédibles de nous concevoir ainsi. Mais au dela du bien fondé des propositions novatrices de l'ex-futur candidat à la Maison Blanche, c'est le coeur de l'Amérique pudibonde qui a été frappé plein centre, c'est aussi ce qui a coulé Kerry face à Bush et ses contradictions.

Pudibonds, les Etats Unis ? y parait mon colon. Rien qu'en surface alors. Si il est vrai qu'un bout de sein pointant au travers de la lucarne declenche outre-Atlantique des bordées de moues scandalisées, le paradoxe Américain veut que les scénarios
scabreux et foireux remportent un succès inégalé. Suffit de se caler sur la chaine câblée AB1 vers 20 h 00 tous les soirs pour se rendre compte que nos amis ricains cultivent et se régalent de ce que la nature humaine produit de plus glauque : le "Jerry Springer Show". La recette est élémentaire : commencez par choisir un présentateur vedette qui manie la philosophie à deux euros avec une grande dextérité, à défaut d'être subtil par ailleurs. Super Jerry livre ses commentaires éclairés à la fin de chaque émission : l'avantage est qu'ils sont accessibles au plus grand nombre. Ils sont compréhensibles de tous, même après l'absortion massive de Budweiser, ce qui vu le niveau intellectuellement élévé du show doit correspondre grosso modo au public-cible.

Ajoutez à cela quelques individus dont le dénominateur commun est une atrophie du cerveau et invités sur le plateau à venir faire partager leurs histoires croustillantes dont l'épicentre se situe en dessous de la ceinture et le niveau au ras des pâquerettes. Nous ne vous donnerons pas la liste exhaustive des thèmes étudiés, tant elle est longue et modulable à souhait. On trouve des trucs marrants à souhait du style :  "j'ai fait un enfant à la meilleure amie de ma copine, qui est aussi enceinte de moi". Laquelle copine annonce sur le fil à son fiancé et en direct qu'elle n'est pas pas enceinte de lui, mais de son père. Ne nous prêtez pas, en nous lisant, des pratiques illicites telles que les fumeries de moquette le soir au coin du feu. Nous ne donnerons jamais dans cette chienlit, rassurez vous. Il est vrai que le scénario est invraisemblable,aussi nous ne pouvons que conseiller aux sceptiques de se caler sur AB1 à l'heure fatidique. c'est la meilleure des solutions pour avoir un avis éclairé sur l'étendue de la catastrophe. Pour pimenter le tout, les intervenantes du beau sexe n'ont qu'une lointaine ressemblance avec les naïades d'Alerte à Malibu, ce serait plus tôt Alerte chez Mac Do... Après quinze ans de traitement intensif au hamburger-frites-mayo. Pour ne pas être en reste, l'intellect des messieurs est inversement proportionnel au poids des dames, ce qui donne un aperçu de la brochette de crétins qui font la gloire de Jerry Springer.

Le tableau serait incomplet sans le public. Imaginez un troupeau de couillons de la lune hystériques shootés à la Budweiser, scandant à l'unisson ce qu'un tableau lumineux planqué dans un coin de la salle leur fait anonner et vous aurez un aperçu de ce que l'Amérique pudibonde porte aux nues tout en s'offusquant à la vue d'un postérieur dénudé. Le tout ponctué de commentaires aussi creux que le gouffre de Padirac et imagé d'une gestuelle dont Eminem et Joey Starr sont les meilleurs
représentants. Si vous avez choisi un programme qui se regarde sans effort, sans reflexion et surtout sans surcroit de fatigue, Jerry et ses crétins de basse cour sont fait pour vous séduire. A défaut, jetez-y quand même un oeil. Vous mesurerez l'étendue de la catastrophe intellectuelle qui ravage les Etats-Unis d'Amérique et qui ferait bien de nous faire reflechir,nous qui avons l'habitude d'importer les idées porteuses d'audimat. Nous ne doutons certes pas qu'une certaine partie de notre population ranchouillarde rentre dans les critères de selection de Jerry Springer, mais nous ne sommes pas certains que l'arrivée de ce genre de spectacle chez nous apporte beaucoup à la grandeur de la France. Chez nos amis d'Outre Atlantique, c'est un peu différent, on est convaincu que tout ce sort des machines de l'oncle Sam ne peut qu'être utile à l'éveil de l'humanité. On se ermettra de rester sur une prudente reserve.

Pour tout vous dire, on a du mal a reconnaitre dans tout ce foutoir nauséabond les valeurs et l'esprit de nos libérateurs de 1944. Autant nous aimons cette Amérique là, celle à qui nous devons beaucoup et qui par son effort de guerre à évité à l'Europe une catastrophe humaine plus dramatique encore qu'elle ne le fut , autant les USA contemporains nous laissent froids et songeurs. Comment ont ils pu dériver vers cette anticulture, vers cette déclinaison presque délictuelle du glauque ? Comment n'ont-ils rien vu venir lorsque Jerry Springer et ses jumeaux ont commencé à deversé leurs poubelles sur le continent nord américain ?... Nous ne pouvons croire qu'il s'agit là des descendants des héros de Normandie, de Bastogne et des Ardennes. Nous ne pouvons pas davantage admettre que la Fayette et son corps expéditionnaire aient franchi l'océan pour un résultat aussi déprimant deux siècles et demi plus tard.

Dans quelques semaines, c'est justement le soixantième anniversaire de la Bataille de Bastogne qui sera célébré. Il ne faut que tout cela vous empêche d'y assister ou tout au moins d'y aller de votre petit moment de recueillement. Springer, ses dindons en
jupons, ses cow-boys à l'hypophise attrophiée et son public maniaco-depressif ne seront pas de la fête. Ils seront enfermés dans leur boîte à délire, quelque part dans la grosse pomme... Il serait dramatique de les exporter. Au mois prochain

Par Stephane Delogu - Publié dans : le-mag-44
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